Quand la France nous manque, ça donne ça : un repas des plus clichés, comme on en ferait jamais quand on est là-bas, mais qu’ici on apprécie plus que tout.
Mathilde nous a ramené du saucisson et du fromage lors de son dernier retour à la patrie, ô précieux cadeau que j’ai sublimé de ma contribution avec un Chardonnay du Chili (oui oui c’est bon et
presque semblable au vrai vin de chez nous !) et du pain « Cuisine de France », seul substitut valable de la baguette, qui se défend relativement bien je dois l’avouer.
Et là, un moment de paradis nous a été offert : saucissonner en papotant, tomber dans le cercle vicieux pain/fromage/vin, vin/fromage, fromage/vin, pain/fromage etc. Il reste toujours un peu
de l’un des trois, suffisamment pour que ça justifie de reprendre du reste.
Oui, notre pays nous manque, mais ... Car il y a un mais.
Quand j’apprends que Canal Plus lance des poursuites judiciaires contre moi pour un maudit décodeur que je leur ai pourtant restitué, quand j’apprends qu’Alice (wouhou !) me relance pour que
je leur rende un modem dont j’ai oublié l’existence alors que j’ai résilié il y a plus d’un an … là je me dis que je suis bien ici.
Je préviens d’ores et déjà, à mon retour je donnerai plus que jamais dans le discours du « quel pays de glandeurs, tous des incompétents, ils font chier ces assistés ». Je sais que ça
fait café du commerce/ bar PMU comme speech mais que voulez-vous … l’efficacité et le libéralisme assumé de l’Irlande me plaisent. J’aime faire du shopping le Dimanche sans qu’on me parle
d’exploitation des travailleurs, j’aime pouvoir partir avec le bus le moins cher car la concurrence est hors de prix sans devoir me mettre à râler sur un foutu monopole des transports et une
totale absence de choix. J’aime ne pas faire la queue à la poste, j’aime ne pas avoir à m’excuser d’être une cliente en face de caissières aimables et serviables pour changer.
Je lis les titres du Monde de temps à autre … Grèves des cheminots, scandale sur telle ou telle syllabe prononcée par Sarkozy, pouvoir d’achat, chômage … toujours les même sujets, toujours les
même problèmes. J’ai parfois l’impression que c’est le journal d’il y a un an, qu’ils me le ressortent, qu’ils se sont trompés.
Et mon pays m’énerve, même à distance.
La France on l’aime, mais de loin … et pourtant on s’accorde pour dire qu’il n’y a qu’elle.
On n’a jamais été aussi patriote que depuis qu’on vit ici. Je me sens même lyonnaise pour la première fois depuis longtemps. Je suis un office du tourisme à moi toute seule et je convaincs toutes
mes rencontres de venir me rendre visite dans mon pays quand ils le voudront. Mon visage s’illumine en pensant au métro parisien… et c’est beaucoup dire car habituellement ça serait plutôt
l’inverse. En d’autres mots, la France c’est la merde mais on ne voudrait être né nulle part ailleurs …
Bon, cela n’empêche pas que je suis remontée contre le concept de l’abonnement dont on ne se débarrasse jamais totalement (que ce soit Canal ou internet). Et je ne parle pas des démarches avec ma
banque. C’est sans fin, extrêmement peu pratique et inutilement long.
Bref, j’enrage mais je rêvasse, je critique mais j’aime, je suis un paradoxe à moi toute seule.
Typiquement français tout ça.